Le billet de Fabrice Descamps : la votation populaire, une arme à double tranchant
Par Pierre Bureau le Oct 4, 2009 | Dans Actu-générale
Il semble que la votation populaire organisée contre la privatisation de la Poste ait été un succès. Or cette consultation recouvre une triple ambiguïté.
D'abord elle énonce comme une évidence que les missions de service public sont liées aux statuts des agents qui les accomplissent. Or il me semble que le chauffeur qui emmène nos enfants en car à l'école tous les matins n'est pas un fonctionnaire, pourtant il accomplit à la satisfaction de tous une mission quotidienne de service public.
L'équivalence posée par la gauche entre le statut de fonctionnaire et le service public est fausse. Et le problème de la gauche aujourd'hui, c'est la surreprésentation des fonctionnaires dans ses rangs, au détriment des autres couches de la population, notamment des ouvriers qui votent désormais majoritairement UMP. Il ne faudrait pas qu'à la faveur de cette votation, on nous fasse croire qu'il s'agit de défendre la Poste alors que c'est le statut des postiers qui aurait motivé en fait la votation.
Deuxième ambiguïté : on voudrait nous faire croire aussi que la disparition des bureaux de poste est liée à la privatisation, alors qu'elle a commencé il y a bien longtemps, notamment sous des gouvernements de gauche et à une époque où nul n'evisageait encore cette privatisation. On voudrait nous faire croire dans un même registre que cette privatisation est une exigence de Bruxelles : là encore, c'est faux. Bruxelles demande seulement l'introduction d'un peu de concurrence. Toute concurrence n'est pas mauvaise ou bonne en soi, mais qui se plaint par exemple aujourd'hui de la fin du monopole d'Air Inter sur les lignes aériennes intérieures?
La privatisation va-t-elle accélérer la fermerture de bureaux de poste? La vérité, c'est que tout le monde veut un bureau de poste à proximité de chez lui, mais personne ne veut le payer son juste prix par une augmentation de ses impôts.
Troisième ambiguïté : imaginez demain que l'UMP organise une votation populaire pour exiger la suppression du statut de fonctionnaire. Que diraient alors les fonctionnaires qui viennent de massivement participer à la votation sur la Poste? Ils diraient ce que disaient hier soir les leaders de l'UMP : qu'une telle votation populaire n'est ni légale ni représentative.
Lorsque José Bové fauche un champ d'OGM en violant une propriété privée, beaucoup de gens de gauche estiment cela normal et légitime. Mais que diraient-ils si des catholiques intégristes détruisaient un bloc opératoire où l'on pratique l'IVG?
Chacun voit midi à sa porte, mais pas grand monde n'est bien honnête dans ce débat, ni à droite ni à gauche. C'est au MoDem que revient maintenant ce rôle.
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